Dans les débris de la bibliothèque d'Alexandrie, dans ceux de l'Atlantide, dans les temples de Babylone, au creux de la comète d'Adonis, dans toutes ces choses qui furent dévastées à cause de cette connaissance, se trouvent des archives qui parlent d'une légende. Ces écrits, héritages d'antiques nations, alimenta pendant des siècles la curiosité de plus d'un explorateur, à la recherche du secret dissimulé en ces pages qui essayaient tant bien que mal d'interpréter le message codé. La Bible en parle encore, la Pierre noire de la Kaaba le dit également dans ses sillons sacrés.
Nous ne sommes pas seuls.
Nous sommes la copie d'une copie, qui elle même l'est d'une autre, et ainsi de suite, à la puissance dix, mille, ou même à l'infinité. Chaque choix, chaque geste créé une nouvelle réalité.
Il existe un de ces lieux qui est bien intriguant, où la guerre n'est que rumeur. Est-ce ses secrets, son Histoire? Ou est-ce pour l'unique raison que c'est la seule des
copies qui n'ait jamais accepté les humains.
Ce monde magnifique se compose de tout ce que l'on pouvait qualifier de "paradis", le Paradis à proprement parlé étant le mystère le plus épais jamais connu. Calendrice, qu'il s'appelle, aussi surnommé Gaia par les anciens grecs et Nibiru ou Marduk par le peuple babylonien.
Au nord, se dresse le pays de Borëa dans les hauts plateaux de l'hiver éternel qui s'élèvent vers la Contrée Oubliée, le Royaume Abandonné des plus grandes, des plus majestueuses, des plus anciennes cités naines, aujourd'hui détruites et abandonnées. De sombres légendes, à son sujet, ont traversé les frontières, mais encore aujourd'hui on dit que les spectres des anciens seigneurs nains seraient devenus des Liches alliées au Sombre Seigneur, maître de Maarken, le Royaume Ténébreux de l'est, siège de la mort et de la terreur, puis vers l'ouest, jusqu'aux forêts tropicales des Terres Infantiles dont les ruines antiques, rappelant celles de nos mayas, abritent des créatures sauvages qu'il vaut mieux ne jamais croiser.
Puis viennent les régions côtières et les ports d'Eucalidria. Réputée pour la pêche et son commerce fleurissant, il est reconnu, depuis longtemps, comme le pays le plus riche de Calendrice mais aussi l'un de plus puissant grâce au pouvoir des mages qui s'y sont établis.
En s'enfonçant dans les terres, on devient vite la proie de L'Icarie, le royaume du sable et des Chamans, et dont le plus grand désert au monde garde à jamais les fous qui s'y aventurent.
Les rumeurs couraient depuis un temps. Les tambours sonnaient au fond des sous-bois de Cair Bansith. Le Feu-de-Givre commençait à prendre la couleur du sang, de la poussière et du désespoir. On le sentait dans l'air, on le buvait dans l'eau, on le goûtait dans le pain: la Porte s'était réouverte, et tout le mal qui s'était exilé en Maarken approchait, son sourire hideux déchiré de dents acérées et des hurlements de souffrances comme masque.
[center]J'ai échoué cher frère. Malgré toutes les restrictions que j'ai utilisées, je n'ai pas réussi. Le nouveau Sombre Seigneur pourra ainsi se créer. J'ai laissé passer Tom Sylverön et Haryana D'Annyan. Il ne me reste qu'une initiative, préparer le peuple. Si leur enfant est un garçon, la Prophétie Ténébreuse s'activera, mais s'ils ont une fille, nous aurons peut-être une chance. L'héritière de ma maison, Laelyan Bansith, doit absolument avoir un gardien dévoué à partir de ses huit ans. J'ai déjà choisi l'élu, un jeune gardien apprenant à maîtriser l'art ancestral des dryades. Malgré tout, je tremble aux possibilités qui s'annoncent. Espérons que Gwynn la Fin saura nous épargner...
Amaryllis
***
Tom avançait péniblement dans les Grottes de feu. La poussière recouvrait ses membres, et la sueur plaquait ses vêtements et ses cheveux péniblement. Le jeune garçon s'était inconsciemment entraîné dans une quête qui s'avérait être mortelle : ses deux amis étaient mort, l'un avalé par un ravin de lave et l'autre dévoré par une goule. Il ne restait plus que lui, Haryana, sa bien-aimée, ainsi que la chère Rhonwynn, une simple gouvernante ayant risqué sa vie pour prendre soin du futur enfant du couple. Sauf que cette aventure n'annonçait rien de bon.
Le Sombre Seigneur de Maarken, Shakahaï, avait décidé de placer des pièges, un peu partout dans les cavernes, qui détectaient un mal pur, et étant soécialement conçut pour faire tomber les bonnes créatures dans les bras de Gwynn. Tom étant le seul à avoir été "reconnu", le Seigneur des Ténèbres, que la mort gagnait, avait alors lancé ses terribles orques à ses trousses pour en faire un héritier potentiel.
Les rescapés s'étaient cachés dans une pièce cachée du labyrinthe de roc et de flammes. Le jeune homme sillonna fossés et veines en direction du refuge, unique lumière dans un lieu ne respirant que ténèbres. La faible luminosité n'améliorait pas sa tâche, mais c'était tout de même ça...Il pouvait entendre le bruit assourdissant et le fracas des armes et armures de ses poursuivants.
Un tournant l'emmena tout près d'un profond ravin rempli d'une lave bouillonnante qui faisait fondre tranquillement les parois rocheuse, telle une érosion marine mise en accéléré. Le Refuge était tout proche, maintenant. Il le ressentait avec un curieux mélange de fébrilité et de crainte, mais en vibrait tant qu'il eût peur de provoquer un éboulement. Le jeune homme tira une corde de chanvre de son sac aux motifs fins du peuple bansith, et fit un noeud bien serré autour de son poignet. Un coup de paume par-ci, un noeud par-là, il s'offrit un lasso rudimentaire au bord du gouffre.
Il se laissa glisser un moment, avant de sentir que la chaleur devenait presque insuportable. Une seule bulle qui éclatait menaçait de lui manger les chairs jusqu'aux os. Le seul problème était que ce genre d'incident semblait toujours prêt à happer la vie du petit escaladeur. Il donna un dernier coup de rein pour se propulser à peine un mètre plus bas, où il s'échoua dans une ouverture dissimulée par un simple drap de lin.
Pas plus grande qu'un cabanon, elle abritait une jeune fée aux cheveux d'ambre qui semblait endormie, ainsi que la fidèle Ronhwynn, qui veillait malgré son âge avancé sur elle. Tom fit un mouvement indiquant un certain désir d'éveiller la jeune fée, mais la vieille l'arrêta d'un geste de main qui en disait beaucoup. Le jeune homme laissa tout de même ses yeux se déposer délicatement sur le corps assoupi de sa compagne. Haryana avait les ailes déployées, de couleur miel. Elle avait déjà le ventre très rond, de la taille pour le neuvième mois de grossesse, autre raison de l'acharnement de sa gouvernante pour l'assister, la progéniture désirant de plus en plus dire bonjour au Monde, malgré la période de grossesse encore trop courte de quelques deux ou trois semaines. Haryana se réveilla doucement. Le sixième sens de la jeune femme était toujours actif. Elle regarda son amant avec tendresse.
"Tu sais, elle sera bientôt là, annonça-t-elle d'une voix faible.
-Qui ça, elle? répondit Tom.
-Notre fille, pardi!
-Je te rappelle que ce sera un garçon, et déjà prédisposé à s'appeller Arawn.
-Non, ce sera une fille, et elle portera le glorieux nom d'Anvandiel.
-Celle à la voix qui porte loin? Tu ne crois pas qu'elle testera avec un peu trop d'enthousiasme ses cordes vocales avec un nom pareil?"
Haryana l'affecta d'un geste peu respectueux, une moue qui en disait long sur le visage.
"Tu n'a pas trop souffert? continua Tom.
-Pourquoi aurais-je souffert? Anvandiel prend du repos pour le moment, lui répondit-elle, de retour avec sa voix calme et posée. De toute façon, l'air est chaud et les couvertures sont bien confortables. Je n'ai pas même la trace de la moindre courbature.
-Silence."
La voix de Ronhwynn retentit pour la première fois, presque depuis le début du voyage, même si ce n'étais qu'un chuchotement. Tom n'eut cependant pas le temps d'en être surpris, l'expression du visage de la gouvernante et son sifflement étant plus qu'inquiétant. Les yeux gris perçants de la servante pointèrent la toile de lin. Leur seuil semblait vouloir leur annoncer un inévitable. Le jeune homme dégluti.
On entendit les cris de confusion des fomoires à l'extérieur. Étant d'une intelligence relativement faible, ils ne remarqueraient rien pour un certain moment. Tom retint sa respiration. Un lourd silence pesa sur l'âme de chacun. Même les tempétueux gargouillement du magma en fusion étaient lointains. Seuls les grognements provenant du dessus de leurs têtes se réverbéraient dans leurs chairs, esprits et coeurs.
La tension était à son comble. Quelques minutes passèrent. Ces minutes se transformèrent en heures. Tom ne savait pas ce qui se tramait, mais un mauvais pressentiment le tenaillait. Au loin, de légers frottements retentirent, suivis de cognement, comme si leurs poursuivants tentaient vainement de clouer quelque chose. Ce quelque chose resterait sûrement à jamais inconnu. Haryana lui prit la main et la serra avec inquiétude. Le jeune homme tourna la tête en direction de Ronhwynn, et ne fût guère surpris de voir qu'elle priait.
Soudain, la jeune sylvide étouffa un soupir désespéré, faisant casser le mur de silence. Pliée en deux, elle s'exclama en tentant de faire le moins de bruit possible:
-Tom! Je le sens...
Il arrive!
Le jeune homme n'eut pas besoin de spécifications que déjà il quémenda l'aide de la gouvernante. Ronhwynn rampa vers eux, toujours sans bruit, puis sortit une gourde d'eau et un chiffon qu'elle aspergea avant de le mettre sur le front de sa protégée. Elle déchira un pan de sa robe et lui offrit.
-Mordez-le.
Haryana obéit sans broncher, une grimace déchirante lui déformant son beau visage. La gouvernante lui écarta les jambes, dévoilant une flaque d'un liquide incolore qu'avait créé le liquide amniotique. Elle envoya un regard apaisant droit dans les yeux de la jeune mère.
-Poussez, dit-elle. Poussez, mais sans retenir votre respiration, et par courts intervalles réguliers.
La jeune femme hocha de la tête. Elle tenta de reproduire les dires de Ronhwynn, mais cela restait vague et maladroit. À chaque poussée, elle lâchait un hurlement tétanisant. L'opération se déroula pendant des heures. Tom ne comptait plus le temps, il ne se rappelait même plus de l'existance de celui-ci. En haut, l'accouchement avait éclairé la voie aux fomoires, qui s'acharnaient maintenant à descendre. Ce ne fût que lorsqu'ils furent en train de se laisser glisser le long de la corniche que Ronhwynn s'écria enfin :
-Je vois sa tête! Allez, chère Haryana, maintenant, poussez à votre maximum!
La jeune femme se contracta et devint rouge tellement elle semblait déterminée à faire sortir cet enfant. La gouvernante avait les mains prêtes à l'acceuillir.
Soudain, des larmes de joie brouillèrent la vue de chacun. Un petit être était lové dans les mains de Ronhwynn. Il était tout minuscule, et déjà rose comme l'aube. De ses mains potelées il pointait le ciel, et de sa voix cristalline il gémissait. Un spectacle qu'il en était rare d'en voir de si beaux. La gouvernante le nettoya avec la gourde.
-Regarde, dit Tom, elle est blonde, comme ta mère.
Le visage d'Haryana s'illumina d'un intense sourire. Elle recueillit le nouveau-né dans ses bras et admira ses grands yeux d'un brun-doré magnifique. Elle lui caressa la tête, et le petit être arrêta de pleurer pour la regarder de ses yeux curieux. La jeune femme pleura de joie, malgré les épreuves qu'elle venait d'endurer. Un moment inoubliable. Elle profita de l'instant pour vérifier le sexe de l'enfant. Une fille. Comme les dires de Tom.
Anvandiel. Au sens littéral, celle à la voix qui porte loin. Au sens figuré, celle à l'Aube d'Autre-Lieu.
Ronhwynn reprit le bébé en s'empressant de lui fabriquer une couchette.
Soudain, un énorme craquement secoua la caverne, ramenant ses occupants à la réalité. La petite Anvandiel éclata en sanglots. Des créatures à la peau d'un brun si sombre que le noir semblait cousin déchirèrent le rideau qui servait de seuil pour débouler dans l'abri de fortune.
Leurs épées étincelèrent. Haryana hurla, puis Tom tira son arme. D'un cri rageur il envoya valser la tête d'un fomoire sur la paroi rocheuse, puis fracassa le crâne de son voisin avec son pommeau. Il enchaîna bottes, feintes et coups de tailles, mais il ne pu résister. Ils étaient trop nombreux. Le jeune homme vit des étoiles. La dernière chose dont il se rappela fût le visage effrayé de sa bien aimé, les yeux jaunes d'un fomoire la menacer, et... Mais ou était donc Ronhwynn et le bébé?
[center]***
-Vous avez réussi? Surprenant de votre part...
Les fomoires tentèrent de se faire plus petits. Ils étaient dans une grande salle, aux décorations abondantes. Un tapis finement ouvragé menait en ligne droite vers un somptueux trône d'ivoire sculpté. Un homme s'y tenait, bien calé dans le siège. Ses robes rouges semblaient vouloir le noyer dans des torrents de tissus couteux, et ses cheveux d'un écarlate profond se fondaient avec.
Quant aux fomoires, ils traînaient une petite silhouette à moitié sonnée, enchaînée, sans ménagement.
D'imposantes créatures se placèrent aux côtés du Sombre Seigneur. Enveloppées dans une grande toge à capuchon noire déchiquetée et le visage caché par un voile sombre, deux sortes de branches d'arbres morts leur recouvraient leurs épaules. Trois rapiéçages se tenaient là où aurait dû se trouver leurs yeux et leur bouche, fendue en un sourire terrifiant jusqu'à l'emplacement habituel des oreilles.
Le Sombre Seigneur tira un athamé des pans de sa toge couleur sang. Depuis la fenêtre, tous purent voir le ciel s'obscurcir et devenir orageux. Shakahaï leva la main gauche et lança une incantation en une langue antique.
Un intense brouillard noir enveloppa alors la pièce, la seule lumière étant celle bleutée de la dague enchantée. Soudain, toute la brume fut aspirée par la lame qui diffusa un étrange scintillement doré. Shakahaï fit signe à ses gardes d'immobiliser le prisonnier. Deux grandes créatures bien bâties lui serrèrent les bras et les jambes. Le seigneur des ténèbres, se coupa et fit boire quelques gouttes de son sang au jeune Sylverön. Tout à coup, sans crier gare, se l'enfonça violement dans sa propre poitrine. Tom se tira des mains des gardes et hurla de douleur, plié en deux, comme si c'était lui qui venait de se faire tuer. Soudain, le corps du jeune homme changea, le transformant. Ses cheveux moururent en quelques secondes, ses yeux se voilèrent, sa peau prit une teinte grisâtre, et une paire de cornes déchira son cuir chevelu. Le visage du garçon fût prit de violent spasmes, puis s'effrita, laissant qu'un masque de décomposition. La suite? Tout le monde la connu. Tom se fit appeler Macrisar, ou Celui qui torture. Son âme avait été détruite, réduite au néant. Seul la haine animait désormais le jeune homme. Jamais il n'aurait pu croire un seul instant qu'ainsi, un livre aux pages jaunies venaient de prendre toute une importance.